Conflits communautaires au Tchad — 2021 à 2026 : bilan consolidé
Vue d'ensemble
Les conflits agro-pastoraux ont fait plus d'un millier de morts et 2 000 blessés entre 2021 et 2024, selon les estimations de l'ONG International Crisis Group (ICG). En ajoutant les données de 2025 et 2026, le bilan total dépasse largement 1 500 morts sur la période 2021–2026.
Année par année
2021 — environ 400 morts
Le bilan des tensions communautaires en 2021 s'établit à plus de 400 morts. Le think tank CRASH basé à N'Djaména recense 270 morts pour les seuls conflits agro-pastoraux cette année-là, le solde correspondant aux violences inter-ethniques et foncières.
2022 — plus de 528 morts
Le bilan des tensions communautaires atteint plus de 528 morts au 9 octobre 2022, avec 600 blessés et 7 000 déplacés. L'épisode le plus meurtrier survient les 21 et 22 mai dans la province du Tibesti (Wour) : une altercation entre orpailleurs des communautés Tama et Arabe dégénère en conflit intercommunautaire impliquant les Gourane/Toubou, faisant plus de 200 morts en deux jours. Au total, 36 cas de violences sont rapportés — 56 % au Sud, dont 90 % liés aux ressources naturelles.
2023 — environ 400 morts (estimation)
Du 1er janvier au 30 juin 2023, 37 cas de violences inter/intracommunautaires sont rapportés, faisant 188 morts et 360 blessés pour le seul premier semestre. Le nombre de cas augmente de 150 % par rapport à la même période en 2022, et 26 000 personnes sont déplacées à l'intérieur, autant contraintes de rejoindre la RCA. Le second semestre, marqué par les tensions liées à l'afflux de réfugiés soudanais, porte l'estimation annuelle à environ 400 morts.
2024 — données partielles, plusieurs centaines de morts
Les données complètes de 2024 ne sont pas consolidées dans les sources disponibles. Plusieurs incidents graves sont documentés, notamment dans les provinces du Sud et de l'Est, accentués par l'arrivée de plus de 500 000 réfugiés soudanais supplémentaires.
2025 — 318 morts documentés par le gouvernement
Le bilan global des pertes humaines causées par les conflits liés à la propriété foncière et aux frontières historiques entre communautés en 2025 s'élève à 318 morts et 315 blessés, selon les données présentées par le ministre de la Sécurité publique devant le Sénat tchadien le 1er juin 2026. Parmi les épisodes notables : des conflits dans le Mayo-Kebbi Ouest, dans le Salamat en juin 2025, et dans le Hadjer-Lamis le 4 novembre 2025, ce dernier ayant fait plus de 33 morts.
2026 (janvier–juin) — au moins 106 morts documentés
De janvier à mars 2026, les conflits inter/intracommunautaires ont causé 64 décès et 107 blessés, principalement dans le Hadjer-Lamis, le Kanem, la Tandjilé, le Moyen-Chari et le Logone Oriental. Les conflits agriculteurs-éleveurs représentent 48 % des incidents, les différends fonciers 32 %. Le 25 avril 2026, 42 personnes supplémentaires sont tuées dans la province du Wadi Fira, dans la sous-préfecture de Guéréda, lors d'un conflit entre deux familles autour d'un puits.
Tableau récapitulatif
Vue d'ensemble
Les conflits agro-pastoraux ont fait plus d'un millier de morts et 2 000 blessés entre 2021 et 2024, selon les estimations de l'ONG International Crisis Group (ICG). En ajoutant les données de 2025 et 2026, le bilan total dépasse largement 1 500 morts sur la période 2021–2026.
Année par année
2021 — environ 400 morts
Le bilan des tensions communautaires en 2021 s'établit à plus de 400 morts. Le think tank CRASH basé à N'Djaména recense 270 morts pour les seuls conflits agro-pastoraux cette année-là, le solde correspondant aux violences inter-ethniques et foncières.
2022 — plus de 528 morts
Le bilan des tensions communautaires atteint plus de 528 morts au 9 octobre 2022, avec 600 blessés et 7 000 déplacés. L'épisode le plus meurtrier survient les 21 et 22 mai dans la province du Tibesti (Wour) : une altercation entre orpailleurs des communautés Tama et Arabe dégénère en conflit intercommunautaire impliquant les Gourane/Toubou, faisant plus de 200 morts en deux jours. Au total, 36 cas de violences sont rapportés — 56 % au Sud, dont 90 % liés aux ressources naturelles.
2023 — environ 400 morts (estimation)
Du 1er janvier au 30 juin 2023, 37 cas de violences inter/intracommunautaires sont rapportés, faisant 188 morts et 360 blessés pour le seul premier semestre. Le nombre de cas augmente de 150 % par rapport à la même période en 2022, et 26 000 personnes sont déplacées à l'intérieur, autant contraintes de rejoindre la RCA. Le second semestre, marqué par les tensions liées à l'afflux de réfugiés soudanais, porte l'estimation annuelle à environ 400 morts.
2024 — données partielles, plusieurs centaines de morts
Les données complètes de 2024 ne sont pas consolidées dans les sources disponibles. Plusieurs incidents graves sont documentés, notamment dans les provinces du Sud et de l'Est, accentués par l'arrivée de plus de 500 000 réfugiés soudanais supplémentaires.
2025 — 318 morts documentés par le gouvernement
Le bilan global des pertes humaines causées par les conflits liés à la propriété foncière et aux frontières historiques entre communautés en 2025 s'élève à 318 morts et 315 blessés, selon les données présentées par le ministre de la Sécurité publique devant le Sénat tchadien le 1er juin 2026. Parmi les épisodes notables : des conflits dans le Mayo-Kebbi Ouest, dans le Salamat en juin 2025, et dans le Hadjer-Lamis le 4 novembre 2025, ce dernier ayant fait plus de 33 morts.
2026 (janvier–juin) — au moins 106 morts documentés
De janvier à mars 2026, les conflits inter/intracommunautaires ont causé 64 décès et 107 blessés, principalement dans le Hadjer-Lamis, le Kanem, la Tandjilé, le Moyen-Chari et le Logone Oriental. Les conflits agriculteurs-éleveurs représentent 48 % des incidents, les différends fonciers 32 %. Le 25 avril 2026, 42 personnes supplémentaires sont tuées dans la province du Wadi Fira, dans la sous-préfecture de Guéréda, lors d'un conflit entre deux familles autour d'un puits.
Tableau récapitulatif
| Année | Morts estimés | Épisode le plus meurtrier | Source |
|---|---|---|---|
| 2021 | ~400 | Conflits agro-pastoraux Sud/Est | OCHA |
| 2022 | +528 | Tibesti Wour : +200 morts en 2 jours | OCHA / ONU Genève |
| 2023 | ~400 | Afflux réfugiés soudanais + conflits fonciers Sud | OCHA |
| 2024 | ~300–400 | Données partielles | ICG |
| 2025 | 318 | Hadjer-Lamis (puits) : 33 morts | Ministre Sécurité / Sénat |
| 2026 | +106 | Wadi Fira (puits) : 42 morts | AFP / France 24 |
| TOTAL 2021 2026 |
2 050–2 150 |
Causes structurelles constantes
53 % des incidents sont liés à des conflits entre agriculteurs et éleveurs, 23 % sont inter-ethniques, 14 % fonciers, 3 % inter-religieux et 3 % liés aux successions des chefferies traditionnelles. Le Sud enregistre 56 % des conflits communautaires.
A ces causes traditionnelles s'est ajoutée depuis 2023 une pression inédite, la guerre civile au Soudan a déplacé près d'un million de personnes vers le Tchad, exerçant une pression croissante sur les ressources (eau, terres arables, puits) dans des provinces orientales déjà fragilisées.
Le bilan documenté et complet des morts pour raisons politiques au Tchad depuis l'avènement de la junte militaire au pouvoir 2021.
Tchad — Morts pour raisons politiques : 2021 à 2026
Vue d'ensemble
Le bilan politique est dominé par trois grands épisodes de répression et une série d'exécutions ciblées d'opposants. Le nombre total documenté dépasse 400 morts pour des raisons directement politiques sur la période, sans compter les disparus non retrouvés ni les morts dans les geôles de Koro Toro.
Avril 2021 — Prise de pouvoir et premières répressions
Le 27 avril 2021, la coalition Wakit Tama appelle à manifester contre ce qu'elle qualifie de « coup d'État institutionnel » après la prise du pouvoir par Mahamat Idriss Déby. Les forces de sécurité répriment les manifestants à balles réelles : selon les procureurs, 4 morts à N'Djaména et 1 à Moundou. La Convention tchadienne de défense des droits de l'homme avance quant à elle un bilan de 9 morts.
Janvier 2022 — Abéché
En janvier 2022 à Abéché, les forces de sécurité tirent à balles réelles sur des manifestants, tuant plusieurs personnes. Le bilan précis n'a pas été officiellement communiqué.
20 octobre 2022 — Le « Jeudi noir » : le massacre le plus meurtrier
C'est l'épisode le plus sanglant de la période. Dans un rapport publié en février 2023, la Commission nationale des droits de l'homme (CNDH) du Tchad a établi que 128 personnes avaient été tuées et 518 blessées le 20 octobre 2022 — date désormais appelée le « Jeudi noir ». La Commission a constaté que les forces de sécurité « ont systématiquement violé plusieurs droits fondamentaux en utilisant des moyens disproportionnés ».
Des experts mandatés par l'ONU ont estimé le bilan à un minimum de 50 tués, 150 disparus, 1 369 arrestations et 600 emprisonnements au bagne de Koro Toro. La FIDH porte le bilan à au moins 218 morts. Les chiffres varient selon les sources : entre 50 (gouvernement), 128 (CNDH) et 218 (FIDH), selon la méthode de comptage et les décès ultérieurs des blessés.
Le 23 novembre 2023, une loi d'amnistie générale est votée, rendant toute poursuite judiciaire impossible pour ces événements.
Février 2021 — Précédent ciblé
En février 2021, la mère de Yaya Dillo Djérou est assassinée par le régime dans une entreprise destinée à terroriser l'opposant politique.
28 février 2024 — Exécution de Yaya Dillo
Le 28 février 2024, à un mois de l'élection présidentielle, Yaya Dillo Djérou, président du Parti socialiste sans frontières (PSF) et principal rival de Mahamat Déby, est tué lors de l'assaut du siège de son parti par les forces de sécurité tchadiennes. Cinq experts médico-légaux consultés par Reuters ont affirmé qu'il avait été tué d'une balle dans la tête à bout portant. Un témoin interrogé par Human Rights Watch a déclaré que l'opposant n'était pas armé lorsque les forces ont pris d'assaut le bâtiment. Du siège du parti, il ne reste aujourd'hui que de la poussière, ce qui rend difficile la récolte de preuves. Aucune enquête n'a été ouverte à ce jour.
2024–2026 — Répression continue et disparitions
Après la mort de Yaya Dillo, les attaques contre les membres de son parti se sont multipliées. En septembre 2024, Robert Gam, secrétaire général du PSF, a été enlevé et reste détenu à ce jour. En 2025, Jeune Afrique documente une mécanique répressive avec arrestations sans mandat, hommes encagoulés, détentions clandestines et intimidations des familles, qui semble orchestrée depuis le sommet de l'État.
Tableau récapitulatif
Tchad — Morts pour raisons politiques : 2021 à 2026
Vue d'ensemble
Le bilan politique est dominé par trois grands épisodes de répression et une série d'exécutions ciblées d'opposants. Le nombre total documenté dépasse 400 morts pour des raisons directement politiques sur la période, sans compter les disparus non retrouvés ni les morts dans les geôles de Koro Toro.
Avril 2021 — Prise de pouvoir et premières répressions
Le 27 avril 2021, la coalition Wakit Tama appelle à manifester contre ce qu'elle qualifie de « coup d'État institutionnel » après la prise du pouvoir par Mahamat Idriss Déby. Les forces de sécurité répriment les manifestants à balles réelles : selon les procureurs, 4 morts à N'Djaména et 1 à Moundou. La Convention tchadienne de défense des droits de l'homme avance quant à elle un bilan de 9 morts.
Janvier 2022 — Abéché
En janvier 2022 à Abéché, les forces de sécurité tirent à balles réelles sur des manifestants, tuant plusieurs personnes. Le bilan précis n'a pas été officiellement communiqué.
20 octobre 2022 — Le « Jeudi noir » : le massacre le plus meurtrier
C'est l'épisode le plus sanglant de la période. Dans un rapport publié en février 2023, la Commission nationale des droits de l'homme (CNDH) du Tchad a établi que 128 personnes avaient été tuées et 518 blessées le 20 octobre 2022 — date désormais appelée le « Jeudi noir ». La Commission a constaté que les forces de sécurité « ont systématiquement violé plusieurs droits fondamentaux en utilisant des moyens disproportionnés ».
Des experts mandatés par l'ONU ont estimé le bilan à un minimum de 50 tués, 150 disparus, 1 369 arrestations et 600 emprisonnements au bagne de Koro Toro. La FIDH porte le bilan à au moins 218 morts. Les chiffres varient selon les sources : entre 50 (gouvernement), 128 (CNDH) et 218 (FIDH), selon la méthode de comptage et les décès ultérieurs des blessés.
Le 23 novembre 2023, une loi d'amnistie générale est votée, rendant toute poursuite judiciaire impossible pour ces événements.
Février 2021 — Précédent ciblé
En février 2021, la mère de Yaya Dillo Djérou est assassinée par le régime dans une entreprise destinée à terroriser l'opposant politique.
28 février 2024 — Exécution de Yaya Dillo
Le 28 février 2024, à un mois de l'élection présidentielle, Yaya Dillo Djérou, président du Parti socialiste sans frontières (PSF) et principal rival de Mahamat Déby, est tué lors de l'assaut du siège de son parti par les forces de sécurité tchadiennes. Cinq experts médico-légaux consultés par Reuters ont affirmé qu'il avait été tué d'une balle dans la tête à bout portant. Un témoin interrogé par Human Rights Watch a déclaré que l'opposant n'était pas armé lorsque les forces ont pris d'assaut le bâtiment. Du siège du parti, il ne reste aujourd'hui que de la poussière, ce qui rend difficile la récolte de preuves. Aucune enquête n'a été ouverte à ce jour.
2024–2026 — Répression continue et disparitions
Après la mort de Yaya Dillo, les attaques contre les membres de son parti se sont multipliées. En septembre 2024, Robert Gam, secrétaire général du PSF, a été enlevé et reste détenu à ce jour. En 2025, Jeune Afrique documente une mécanique répressive avec arrestations sans mandat, hommes encagoulés, détentions clandestines et intimidations des familles, qui semble orchestrée depuis le sommet de l'État.
Tableau récapitulatif
| Période | Événement | Morts documentés | Source |
|---|---|---|---|
| Avr. 2021 | Répression manifestations Wakit Tama | 5 à 9 | Amnesty / procureurs |
| Jan. 2022 | Répression Abéché | Non chiffré officiellement | Amnesty |
| 20 oct. 2022 | « Jeudi noir » | 128 à 218 | CNDH / FIDH / ONU |
| Fév. 2021 | Meurtre mère de Yaya Dillo | 1 | Assemblée nationale FR |
| 28 fév. 2024 | Exécution Yaya Dillo + militants PSF | Plusieurs | HRW / Reuters |
| 2024–2026 | Disparitions forcées, détentions, violences | Non chiffré | Jeune Afrique / HRW |
| TOTAL documenté | 150 à 250+ morts |
Ce que les chiffres ne disent pas
Le bilan politique réel est probablement supérieur à ce que les chiffres officiels révèlent pour trois raisons : les morts dans la prison de haute sécurité de Koro Toro ne sont pas systématiquement documentées ; les disparitions forcées dont certaines victimes ne réapparaissent jamais ; et l'amnistie de novembre 2023 a définitivement fermé les possibilités de comptage judiciaire pour les événements du Jeudi noir.
MS. Abdelsalam et Sarah H. Salmane
Analystes, chercheurs associés au CEDPE
www.centrerecherche.com



